Sortir son Laguiole

Tuter le grillon

Porter le béret

Ramasser des champignons

Faire les canards

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Porter le béret

Voilà une coutume qui vient comme le goût des tripes. Avec l’âge. Ce couvre-chef de laine peignée se porte bonasse ou looké à mort. Il accompagne la veste de velours côtelée des campagnes, voire celle de toile, bleue et plus rustique, héritée de la blouse paysanne. Aussi bien montagnard que des plaines, il est destiné à protéger les têtes chenus des frimas de l’hiver. On peut le faire pencher sur le côté, canaille, à la manière d’un héroïque maquisard ; en avant, obtus, rattrapé sur le front par une épaisse barre de sourcils broussailleux ; dégagé vers l’arrière, à la faveur d’une partie de belote au bistrot. On se découvre à table et au passage des corbillards. Plus moderne et très féminin, le port du béret renforcera le côté mystérieux, genre réseau de résistance voire guérilla latino-américaine sur les bords. Les dames ne sont pas obligées de se découvrir en toutes circonstances.

 


Ramasser des champignons

Un coin, ça se dit pas. C’est entendu. Rien n’empêche toutefois, en l’absence de méthode, de partir à l’heure où blanchit la campagne vers les Pyrénées. Bottes, panier, Laguiole et ciré de rigueur. Se fier aux dires de ceux qui savent. Ils connaissent l’exacte période où l’on va ramener son panier plein. Subtil mixage d’informations météorologiques rigoureuses ( Avec ce qu’il a plu !) et de rumeurs bien distillées (Sans blague, j’en avais tellement que je ne pouvais plus fermer le coffre de la voiture !).
Les coins de Saint-Girons sont prisés par les Toulousains pour les cêpes. On en connaît vers la vallée de Vicdessos, généreux en morilles qui s’accommodent en fabuleuses omelettes. Il y eut même dans les années 80, un bus affrêté par une radio punk pour aller cueillir des psilocybes hallucinogènes tout un dimanche dans le massif du Plantaurel.
De toute façon, le lundi, il suffit d’écarter les mains pour faire imaginer la grosseur du panier que vous avez ramené. Et la rumeur continuera de courir.

 

Faire les canards

Ça se prépare. Ça s’annonce. C’est tout un programme. Chacun à son fournisseur attitré à la campagne. Des agriculteurs qui téléphonent un peu à l’avance pour dire que les bêtes sont prêtes. En général tuées et plumées. À ce moment-là, battre le rappel. Car il n’est pas question de faire ça tout seul dans son coin. Ça se partage. On en profite pour se raconter d’autres volailles d’autrefois, bien plus grasses, plus goûteuses, plus... enfin, la nostalgie en quelque sorte. On découpe des bêtes, conditionne les foies gras, cuit les confits, et récupére les fritons. Ici, on appelle ça les “cacahuètes du Gers”. On les accompagne à la fin d’un petit verre de madiran. Lorsque les canards sont impeccablement rangés en bocaux, reste le nettoyage. D’où l’intérêt d’avoir autour de soi de bonnes volontés. Car la cuisine est à refaire à neuf, à l’éponge-grattoir. Et pendant une semaine au moins, l’odeur dans la maison l’attestera : ici, on a fait les canards.
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