Sortir son Laguiole

Tuter le grillon

Porter le béret

Ramasser des champignons

Faire les canards

Participer à une troisième mi-temps

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Participer à une troisième mi-temps

Nul besoin d’avoir ruiné sa carcasse sur un terrain de rugby pour être admis dans une troisième mi-temps. Il suffit d’être supporter d’un club. Cette séance de décompression d’après-match se décompose généralement en trois séquences distinctes. D’abord, au bar, on commence par refaire le match. Les ratés, les drops inespérés, les incroyables remontées de terrain. Boire. Joueurs et supporters peuvent s’engueuler à souhait sur ce qu’il aurait fallu faire et ce qu’il a été possible. Ensuite, en début de repas, c’est l’esprit rugby qui souffle sur la table. Boire. Tableau comparatif des joueurs et des clubs importants du moment, fines stratégies à mettre en œuvre pour les temps à venir. Enfin, entre la poire et le fromage, on évoque les sujets rassembleurs. Les femmes. Boire. La troisième séquence de la troisième mi-temps est particulièrement déconseillée au demoiselles sortant du couvent de Sainte-Marie-des-Oiseaux.
À Noé, à une vingtaine de kilomètres de Toulouse, on vient “Chez Alex” pour ses troisièmes mi-temps célèbres dans toutes l’Ovalie, et même au-delà. L’homme collectionne les maillots, et le lieu est un sanctuaire où se rendent tous les grands joueurs, au moins une fois dans leur vie.

 


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C’est ainsi que l’on nomme ces lotos du dimanche dans les bistrots de quartier. Canards gras, jambons et panier garnis de charcuteries à gagner. On vient en famille, on s’installe sur un coin de table et l’on achète ses grilles de couleur à 20 francs, 100 francs les six. Près du bar, l’animateur fait tourner le globe duquel les boules tombent. “Soixante-neuf !” lance-t-il. “Essuyez vos moustaches !” est-il de bon ton de répliquer. Il existe une vraie bible des surnoms de chaque numéro. On commence à “quine” (un tour de chauffe sur une seule ligne du carton) pour un lot de tee-shirts offert par la mercerie Fabre. Applaudissements pour la mercerie Fabre qui ne s’est pas foulée en refilant quelques invendus. Quelques pauses sont aménagées entres les parties afin que le patron puisse renouveler les consommations. Lorsqu’une partie s’éternise, que la tension monte. On entend ça et là des “Boulègue !” (Remue un peu les boules, collègue, y’a rien qui sort d’intéressant !). Soudain dans le fond, une mamie s’égosille : “Carton plein !”. La grille circule de main en main jusqu’à l’animateur. Longue litanie des chiffres vérifiés un à un puis un magistral “La grille est bonne, vous pouvez démarquer”. À la fin d’une rifle, chacun lance les grains de maïs qui ont servi à marquer les numéros sur son voisin. Ambiance de poulailler au moment de l’apasturage. Et la mamie emporte son jambon sous le bas. Ça va lui faire un peu trop, mais elle invitera ses enfants dimanche prochain pour partager.
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